Noël Matteï fait son grand retour sur SAOTW avec un album qui sortira dans quelques semaines… En attendant, il répond à quelques unes de mes questions histoire d’en apprendre plus sur cet artiste aux multiples facettes !

Vous avez sorti le 22 décembre dernier votre single H.E.L.P., pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette chanson ?

C’est un cadeau précieux pour moi ce morceau car c’est le seul titre dont je n’ai pas composé ou co-composé la musique sur ce nouvel album. Musicalement je n’ai pensé dessus que certains petits arrangements avec mon compère Nicolas Marsal qui a réalisé la plupart des titres de ce nouvel album, on a rajouté un peu d’organique avec une guitare et une basse qui sont venues rejoindre le synth bass et les autres synthés, mais il y avait déjà toute cette atmosphère dans la demo des Lux For The Monsters et leurs prog de batteries étaient d’enfer.

Matieu (le chanteur des Lux) était passé chez moi un jour et alors qu’il écoutait certaines de mes demos il m’a dit que Lux venait d’écrire un titre en français (une première pour eux qui écrivent quasi toujours en anglais !). Le morceau lui plaisait beaucoup et il m’a confié qu’en le réécoutant, lui et Lucie (l’autre membre de Lux For The Monsters) avaient trouvé que l’univers à la fois un peu trouble et passionné du texte notamment leur rappelait pas mal mes thèmes. Il m’a proposé de l’écouter. J’ai adoré dès la première écoute. Un vrai coup de coeur ! Matieu m’a dit alors que si je l’aimais tant ils me le filaient avec joie et que je pouvais le modifier comme je le souhaitais, en changer même le texte. J’avais carte blanche. J’ai donc écouté le titre 15 jours en boucle mais plus le temps passait moins je m’imaginais changer quoi que ce soit. La voix et le ton très classieusement « blasé » de Matieu sur les couplets avec Lucie qui le rejoignait sur les refrains, tout me plaisait tellement que je me refusais presque inconsciemment à les remplacer. Je ne savais vraiment pas comment m’intégrer à ce projet alors qu’il me parlait tant. Ça devenait une vraie question pour moi… Et c’est là, au bout de trois semaines sans parvenir à me décider que m’est venue l’idée de ne rien toucher à leurs parties mais de m’insérer en parlant dans les creux instrumentaux comme un jeu de questions/réponses, un dialogue entre Matieu et moi. Deux personnages naissaient alors, exactement comme dans le processus de création d’un roman. Sauf que là la voix de l’autre n’était pas que dans ma tête, elle n’était pas imaginaire mais bien réelle et enregistrée. Elle me parlait. C’est à ce moment que j’ai écrit mes parties de texte pour lui répondre. Puis j’ai posé une voix témoin à même leur demo initiale. Le résultat leur a plu, c’était très cinématographique au final. Moi aussi j’adorais toute la singularité que le titre offrait.

C’est la première fois où le texte ne part pas de moi pour un de mes morceaux. Ça aussi ça me plaisait comme idée car leurs mots mêlés aux miens sonnaient juste et s’imbriquaient de façon si fluide qu’ils me ramenaient à des choses qui me parlent, un univers que j’adore, à des bouquins, des images, des films aussi qui me sont chers. Cette idée d’un lien qui s’était abîmé avec le temps mais qui restait toujours très fort et impossible à briser collait de plus parfaitement à la thématique de l’album qui a pour titre L’Écho Des Liens Enfuis. Pourtant rien n’a été calculé sur ce morceau, et sa version finale qui est sur le disque s’est construite dans la plus grande spontanéité. C’est en ça que je le définis comme un cadeau précieux aujourd’hui avec le recul.

J’aimais tellement le titre que j’ai de suite eu envie de rappeler Benjamin Thomas (que j’avais casté sur un site d’annonces comédiens/figu des mois auparavant pour le trailer du roman Les Amours Anormales) et de lui proposer de partir avec moi 3 jours à Lausanne afin de tourner le clip. Je savais que par sa présence incarnée à l’écran, sa pâleur presque transparente, sa belle gueule et son charisme il serait idéal au centre des éléments de ce paysage pour l’idée du scénario que j’avais en tête : une caméra qui symboliserait la présence de l’autre dans les beaux moments du passé et qui inversement deviendrait subjective et donc ses yeux, regardant le vide derrière lui soudain, la solitude du personnage jusqu’à la chute telle une douche froide… Et puis je crois qu’une réelle confiance s’est installée entre nous car le feeling fut très bon dès le premier tournage du trailer du roman (réalisé par Matthieu Roche), du coup sa motivation et son coté bosseur à toujours vouloir donner le meilleur de lui à la caméra et au service du projet sont optimums quand on taffe ensemble. Les ondes positives qu’il me renvoie et sa bienveillance à mon égard ont été des facteurs réellement réconfortants pour moi durant le tournage car c’était le premier clip que je réalisais totalement de A à Z jusqu’à l’étape du montage. J’avais donc quelques peurs de me louper quand même, j’étais tant motivé et électrisé par le défi qu’anxieux… Mais je suis sincèrement très fier de ce clip au final car son atmosphère qui alterne tant les jours solaires du début que les heures pesantes de la quasi-fin de l’histoire illustre parfaitement et avec une réelle émotion la force des ambiances instrumentales et textuelles de la chanson.

Votre album est prévu pour avril 2018, auriez-vous deux/trois mots pour le décrire ?

Ahah la question piège toujours quand il faut définir son propre travail ! Ce n’est pas simple d’en parler soi-même… surtout dans ce cas précis où je me suis enfermé chez moi de longs mois pour en composer et en écrire la quasi totalité des titres avant même d’entrer en studio pour les produire. Mais tiens, aujourd’hui-même une artiste dont j’admire beaucoup le travail, la voix et l’univers m’a dit au téléphone qu’elle trouvait l’album très « durassien »… Je ne sais pas si c’est une définition qui ira à tout le monde, je ne sais pas non plus s’il est durassien mais je prends ça comme un énorme compliment vu le respect que j’ai pour l’oeuvre de Duras d’une part et qui plus est venant de la part d’une autre belle artiste qui elle aussi connait bien le sujet et la matière !

Perso je dirais simplement qu’il transpire tant mon vécu que mes références musicales, littéraires ou cinématographiques qui m’ont nourri jusqu’ici et depuis l’enfance, si bien que tout ça est devenu purement inconscient. Avec le temps « j’exprime » plus que « je ne cherche à exprimer… ». C’est réellement un album très personnel, d’une spontanéité brute dans l’essence des morceaux en tout cas, et qui n’a pas d’autre ambition que d’emmener l’auditeur dans un beau voyage où les liens entre les personnages JE & TU des petites histoires racontées sont très forts… et jamais véritablement « enfuis » mais simplement enfouis « sous l’écorce de nos torses ».

Les conditions optimum d’écoute pour le découvrir la toute première fois c’est de monter le volume au maximum et/ou mettre un bon casque qui restitue parfaitement les basses sur les oreilles car on a bien bossé la spatialisation au mix aussi, et puis commencer le voyage de la piste 1 à la 13 car l’ordre de la tracklist a également été pensée avec l’histoire qui est racontée (il y a des intros avec des voix parlées un peu comme on si on avait sampler une réplique de film, de jolies lectures aussi, incarnées et emplies d’émotion, cachées dans d’autres titres sans mention de featuring…)

Alors sans fausse modestie et en toute sincérité je dirais que je trouve le disque plutôt bien chiadé ! (rires)

Mais allez ! pour jouer le jeu et tenter de réussir l’exercice en 3 mots (avec prudence quand même de peur de lui enlever de sa liberté, de le réduire ou de le scléroser un peu) je dirai :

rock, electro & organique.

Comment s’est passée la réalisation de cet album ? Y’a-t-il eu des événements particuliers dans l’écriture des morceaux ou leur enregistrement ?

Elle fut riche et sereine. J’y tenais plus que tout à ce dernier adjectif car je ne souhaitais aucune tension. Réaliser un album sur sa longueur ça prend du temps, un an minimum voire plus, ce n’est pas juste un single isolé donc je voulais m’entourer de personnes non seulement talentueuses et qui ressentent mon univers, mais uniquement de celles qui humainement libèrent des ondes et des énergies positives. C’était un souhait primordial. J’ai une formation de psychothérapeute et une de sophrologue, et je sais combien la présence de personnes autocentrées dans une team peut être lourde à gérer car on se retrouve immédiatement hors cadre studio. Je ne voulais avoir à gérer aucun excès d’ego, aucune entente potentiellement conflictuelle entre X ou Y. Il y a tellement de travail et de concentration à avoir quand on crée des arrangements, des lignes d’instruments et autres ambiances sonores qu’il faut que règne une motivation pugnace, un plaisir de partage comme une envie évidente et naturelle d’être là, ensemble, durant des heures d’affilée, et puis aussi une bienveillance forte pour le projet de façon à ne pas s’éparpiller partout à tout instant surtout pour moi qui ne sait pas faire deux choses en même temps ! (rires). Alors pour être certain d’avoir cette atmosphère de travail dès le départ, avec tous mes morceaux « dépouillés » mais écrits et composés sous le bras, je n’ai été instinctivement que vers de belles personnes qui sont naturellement passionnées, généreuses, bosseuses, et update quand la porte du studio se referme sur nous à l’intérieur.

Le premier pilier de ce disque à mes cotés fut sans nul doute Nicolas Marsal. Comme le garçon est doux, zen, attachant, à l’écoute de l’autre, et qu’il est bassiste mais aussi multi-instrumentiste et réal c’était parfait pour moi qui adore plus que tout travailler en binôme plus qu’en groupe pour ce qui est de la recherche créa/arrangements.

On a passé des tonnes d’heures ensemble dans son studio (O Studio à Paris). C’était une belle période, tout se mettait en place. J’ai commencé par rentrer tous mes titres avec ma voix témoin et mes pianos car chaque chanson était déjà très structurée (intro/couplet/refrain etc). Et puis on décidait ensemble à laquelle on s’attelait. La chanson « toute nue » se vêtait alors au fil des heures et des séances de sonorités diverses et subtiles car on tenait à les rendre puissantes par la prod mais sans dénaturer non plus l’intention de la compo de base qui atmosphériquement se dessinait de façon plus ou moins évidente selon les titres, mais existait toujours.

On n’avait aucune pression, on se mettait des deadlines juste pour nous motiver et tenir le rythme, et puis on était porté par l’envie de finir l’arrangement d’un titre pour en attaquer un autre vu qu’on avait déjà cette vision globale de tout l’album en mode minimaliste sur mes dictaphones (je suis pour le coup très oldschool dans ma façon de composer, impatient de nature mais paradoxalement très step by step aussi, donc je ne passe jamais à un arrangement qui pourrait être « salvateur » pour un morceau tant que le morceau en question dans ses fondations les plus brutes ne me touche pas mélodiquement et textuellement. Je peux même rester des heures voire des jours avec simplement mon stylo face à ma feuille de papier, mon piano et/ou ma guitare et zéro machine à ce stade de créa pure, pas même un ordi c’est dire !).

Et puis, après une bonne année de travail, via le biais d’une très belle idée non liée au départ à mon album, je me suis retrouvé à travailler sur un projet parallèle avec Manu (Emmanuelle Monet, ex-Dolly). Et un jour que nous étions chez moi, lors d’une pause, nous nous sommes fait écouter les demo respectives de nos futurs albums encore en chantier. Quand Manu a entendu À Bout Pas Au Bout —un des titres qui n’avait pas encore eu droit à ses arrangements en studio et qui était encore à son stade initial piano/voix— elle l’a beaucoup aimé et spontanément nous avons imaginé un duo ensemble dessus. Au départ un peu comme un jeu mais auquel on s’est laissé prendre sur l’instant car sa passion pour la musique, la création et sa générosité sont telles qu’à la fin de la journée le dispatch de nos phrases était bel et bien fait, et sa voix témoin dans la boite avec certains choeurs même.

C’est donc dans une suite logique des choses que Manu a arrangé et réalisé elle-même le titre dans sa version album. Une journée magique et un pur bonheur cette collaboration ! J’étais comme un môme ce jour-là et chaque fois que j’écoutais ce titre durant les diverses phases de l’évolution de l’album je réalisais combien cette journée serait gravée à vie dans ma tête ! Notre demo était si belle dès ce soir-là, juste un piano et nos 2 voix mais putain ça déchirait d’émotion !

Il y aurait encore d’autres anecdotes riches de ce type de rencontres magiques à raconter sur la durée de l’enregistrement de l’album jusqu’à sa phase finale tant l’année 2016-2017 fut fertile pour moi en belles rencontres mais je laisse quelques surprises à découvrir plus tard aussi… Je peux juste vous dire que perso je trouve que toutes ces belles énergies se ressentent pleinement à l’écoute du disque !

Une autre actualité ?

Oh oui ! et pas des moindres puisqu’il s’agit de la sortie d’un livre audio de mon dernier roman Les Amours Anormales (roman paru aux Éditions Du 38 en 2016 et qui existera dès le 30 mars dans un très beau support audiobook réalisé et produit par Tekini Records dans sa toute nouvelle collection Velvet Audiobook.

C’était la très belle idée non liée au départ à mon album et dont je parlais précédemment, celle qui m’a amené à travailler avec Manu qui est l’initiatrice de ce projet avec Patrick Giordano alias Matt Murdock.

Le texte d’ailleurs est lu par Manu, Patrick, Nirox et moi-même. Et comme c’est l’esprit toujours chez le label Tekini à chacune de ses sorties, ce sera un bel objet, singulier, arty et chiadé ! Faites un tour sur mon mur facebook ou sur celui de Manu tout est expliqué pour le pré-commander dès aujourd’hui.

Ça fait un printemps chargé en sorties pour moi avec l’audiobook Les Amours Anormales le 30 mars suivi de très près par l’album L’Écho Des Liens Enfuis dont la date définitive a finalement été fixée par le distributeur du label au vendredi 27 avril !

Et c’est vraiment cool de voir aboutir ces projets sur lesquels nous bossons depuis tant de mois !

Un dernier mot pour les lecteurs de SAOTW qui commencent à bien vous connaitre ? 

Hâte que vous puissiez découvrir l’album et l’audiobook très vite et que j’ai la joie avec la team de lire vos ressentis sur les deux un peu partout !

Et surtout s’ils vous plaisent n’hésitez pas à en parler autour de vous, en vrai, sur les réseaux sociaux, bref partout chaque fois que vous en avez l’occasion car on a beaucoup travaillé sur l’album comme sur le livre audio et maintenant on a besoin de vous tous qui allez les faire vivre !

So un pur MERCI à toi ici pour cette envie de lire l’interview et à SAOTW de l’avoir faite exister !

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