On va faire ça par ordre chronologique. Tu as commencé avec un premier groupe vers l’âge de 15 ans… Quels souvenirs en gardes-tu ? Qu’est-ce que cela t’a apporté en tant que musicien ?

 

Boris : L’énergie. C’était un groupe de ska rock punk un peu, ce qui se faisait à l’époque, comme Marcel et son orchestre, les Hurlements d’Léo, tu sais ce qui était un peu à la mode à l’époque.

 

 

Les Hurlements d’Léo, c’est toujours à la mode !

 

Boris : C’est toujours à la mode ? Et bien, tant mieux ! Bref, pour en revenir à ce que je disais, ce qu’on faisait était festif, je jouais du saxophone et j’étais le seul cuivre de la formation donc j’avais la charge d’envoyer du bois, de faire office de section cuivre à moi tout seul, donc, le torse nu j’allais dans le public et ça m’a appris à être à l’aise très rapidement avec le public. Et puis les musiciens avaient tous 10 ans de plus que moi, du coup, il fallait aussi que je m’impose musicalement donc ça m’a vraiment poussé à m’améliorer très rapidement. J’étais encore au lycée, c’était rapide et rigolo, et puis on faisait aussi des festivals punks, on jouait dans des squats qui allaient fermer, on faisait des concerts de protestation contre la fermeture, et puis finalement il y avait les flics qui arrivaient. C’était une expérience qui, musicalement, ce m’est pas plus resté que ça, car le style m’a vite lassé, même si on faisait un mélange de plein de choses mais le style m’a lassé rapidement donc ça ne me reste pas beaucoup. En tout cas, je ne sais pas si ça se ressent dans ma musique, mais en revanche, l’énergie puis le contact avec le public sont restés.

 

Du coup, après tu es passé à un projet un peu plus calme, un duo ?

 

Boris : Ouais ! Après j’ai fait un duo de rap, et ça, c’était super ! C’était en français, c’était excellent. Mais on a pas fait grand chose avec. On a fait un concert et une radio, mais c’était vraiment bien. Tout le concept était autour de l’album et on aimait beaucoup le collectif FOR MY PEOPLE de COOL SHENN et nous, on avait décidé de s’appeler FOR MY BABIES. C’était une espèce de concept bizarre, une espèce de parodie, un peu, mais en même temps respectueuse. On s’est beaucoup amusés avec ça, et c’était l’occasion d’écrire en français. Après j’ai commencé à écrire des chansons chez moi, tout seul. J’écoutais beaucoup de musique anglophone, j’en ai beaucoup écouté avant mais là je ressentais un besoin d’être un peu en contraste vis à vis des autres groupes. J’avais besoin de quelque chose d’un peu plus sombre, plus personnel. Et toutes les influences anglophones ont commencé à arriver au bout des doigts et puis j’ai commencé à créer des chansons, au début, ça ressemblait beaucoup à ce que j’écoutais, évidemment, puis j’ai commencé à meubler mes morceaux pour que ça ressemble plus à quelque chose de personnel avec une signature vocale et des paroles qui traduisaient un peu ce que je vivais à l’époque.

 

Et c’est à partir de là que nous pouvons parler de THE KEYS ?

 

Boris : Ouais, c’est ça ! J’ai cherché un nom de groupe, mais je cherchais un truc d’assez ouvert, assez vague où chacun puisse trouver une interprétation personnelle. Ca me correspondait assez et puis ça a pris du sens au fur et à mesure de mon parcours, parce qu’en ce moment, par exemple, je suis en tournée, et depuis 15 jours, et il me reste encore 15 jours, j’ai pas de clefs. En plus, j’ai déménagé de Montréal, donc j’ai plus de clefs. Et j’ai jamais de clefs quand je reste chez quelqu’un, parce qu’on me prête des clefs mais c’est temporaire. Je les ai pendant quelques heures et ensuite je lui les rends dans la boîte aux lettres, et c’est fini. Pour moi, ça a pris du sens alors que j’avais même pas anticipé ça.

 

En parlant de déménagement, tu as habité pendant combien de temps au Canada ?

 

Boris : Pendant 5 ans. En fait, j’y étais par intermittence. J’étudiais à Sciences Po, en fait, j’ai fait beaucoup de stages mais j’ai passé le plus clair de mon temps là bas.

 

J’ai vu que tu avais aussi animé une émission de radio là-bas, ça t’a permis de te rapprocher du folk…

 

Boris : Oui, j’ai une passion pour ce style de musique. Mon père est accordéoniste de musique traditionnelle du répertoire français et il écoute beaucoup de musique québécoise aussi, scandinaves, d’Europe de l’Est. Donc, j’ai toujours baigné là dedans et quand je suis arrivé là bas si tu veux, je voulais parler de ma musique et une station de radio m’a dit : « Ah ! tu fais du folk! ». A l’époque, je disais que je faisais du folk, je ne dirais plus ça maintenant. Bref, ils m’ont dit : « On n’a pas d’émissions folk mais si tu veux en faire une, c’est avec grand plaisir ! ». Moi, je voulais juste faire la pub de mon CD donc j’ai animé une émission de folk pendant deux ans et ça s’est super bien passé. On avait des invités toutes les semaines et du coup j’ai rencontré plein de groupes de la scène locale, et puis, c’était folk au sens large, c’était autant de la musique traditionnelle que de la musique acoustique avec des banjos, des mandolines ou même des guitares, ce qu’on appelle des auteurs-compositeurs, des songwritters.

 

Ca t’a permis d’évoluer dans ta propre musique ou ça t’a juste permis de voir ce que les autres faisaient et du coup être plus personnel ?

 

Boris : J’ai du écouter beaucoup de musique parce que comme j’étais le programmateur, c’était à moi de choisir. Ca m’a ouvert l’esprit et affiné mon oreille à beaucoup de musiques différentes. Ca me permettait aussi de ne pas faire ce que les autres faisaient déjà, en tout cas, de trouver ma voie dans tout ça afin de ne pas répéter les clichés de cette musique. Mais finalement on fait tous quasiment la même chose d’une façon ou d’une autre, à moins que tu fasses n’importe quoi, mais quand, c’est surtout au niveau de l’écriture des paroles que je me suis différencié.

 

 

Et du coup The Keys c’est un projet bien personnel mais tu dis quand même aimer inviter des amis musiciens pour certains enregistrements ou certaines scènes. Comment choisis-tu ? Vous écrivez ensemble , ou c’est vraiment tu écris et tu dis à ce moment là j’aimerais tel ou tel instrument ?

 

Boris : En fait non, avec les paroles, c’est difficile d’écrire ensemble. J’adore jouer tout seul car j’ai le contrôle total sur ce que je fais. En revanche, en album, j’ai envie d’avoir des arrangements un peu épiques, des trucs qui partent dans tous les sens, plein de cuivres et tout ça. Je me suis toujours construit comme ça, sur un groupe un à tiroir où j’invite des gens comme le dernier album pour lequel je suis en train de voyager. C’est un album que j’ai construit comme ça en allant en Guadeloupe où j’ai passé 3 mois, où j’ai rencontré des musiciens et ensuite en allant aux Etats-Unis, et au Canada où pendant ma tournée, même au micro, pendant que j’étais en concert, je demandais s’il y avait quelqu’un qui jouait du trombone, j’aimerais bien enregistrer là, et puis j’ai besoin d’un trombone. Alors les mecs se pointaient, ils me disaient qu’ils jouaient du trombone et on enregistrait. Ma soeur chante très bien aussi. Parfois, des gens arrivent mais ils ne savent pas très bien jouer, donc je me retrouve dans des situations un peu délicates. Mais bon, on en rigole ensuite. Pour en revenir à mon album, il y a plus de 40 musiciens parce qu’en ajoutant des gens, chacun amène ses copains donc c’est quelque chose d’assez épique.

 

Au final c’est un peu collectif aussi ?

 

Boris : C’est un collectif, certes, mais il est éphémère. Car ce sont des gens que je ne reverrai peut être jamais, et je leur enverrai une copie du CD quand cela sera fini car c’est ça le deal. Là, je tourne avec un autre groupe sous le même label que le mien et on vient de répéter des chansons, c’est pour ça je ne suis arrivé que maintenant. On vient de répéter des chansons et je fonctionne beaucoup comme ça, sur le moment. Là, je tourne avec eux sur quelques dates, je leur apprend des chansons et on va jouer et puis ils vont faire partis de THE KEYS pendant quelques concerts, mais après ça sera fini. THE KEYS, ce sera toujours moi la matrice originelle. Ensuite les gens viennent se greffer, j’aime bien ça. Mon album précédent, il y avait la chorale de ma mère, une chorale de musiques anciennes, de musique baroque et mon père jouait de l’accordéon. J’essaie vraiment, à chaque fois, d’intégrer tous les gens que j’aime autour de moi et de faire de la musique avec eux. Mais uniquement sur l’album, ensuite j’interprète mes chansons tout seul.

 

Tu nous parles de tes albums. Tu en as sorti un nouveau il n’y a pas longtemps. Pourrais-tu nous parler de l’un de tes chansons ? Fais toi plaisir.

 

Boris : Je suis bavard, alors je pourrais raconter une histoire sur chacune de mes chansons (rires). Plus sérieusement, j’ai une chansons qui s’appelle TOO DARK TO READ qui veut dire TROP SOMBRE POUR LIRE et en fait c’était après une rupture amoureuse. Je me suis rendu compte que j’étais tellement pris dans ma douleur, dans mon égo de mec blessé que j’étais incapable de sortir de chez moi pour pouvoir lire le journal ou pouvoir lire une lettre qu’on m’avait envoyé. J’étais vraiment complètement coincé là dedans et je trouvais ça incroyable que ma vie soit devenue sombre à ce point, et c’est là où je fais cet espèce de jeu de mots « trop sombre pour lire dans le train ». Ma vie était devenue trop sombre pour que j’arrive à me concentrer sur quelque chose, j’étais complètement aveuglé par la douleur de l’amour.

 

En voilà une histoire ! Après avoir parlé de tes chansons, albums et parcours, on va parler un peu de scène. Si tu pouvais partager la scène avec un groupe, même si celui ci est mort, tu as le droit, on les ressuscite le temps d’une question.

 

Boris : Pour tout te dire, j’aimerai jouer avec tous les gens qui ont pu participé à mon projet. Ca fait un paquet de personnes au final, 60 ou 80 personnes depuis que j’ai commencé. Donc mon idée serait d’avoir mon petit ALL STARS mais je vais pas le dire ça ferait des favoris si jamais ils l’apprenaient. Mais j’ai déjà une idée par rapport aux personnes que j’aimerai garder près de moi.

 

Tu ferais un genre de casting ?

 

Boris : Ouais, mais en fait, je les connais déjà, je les ai déjà embauché, mais si ça se trouve, quand je voudrais faire ça, il y en aura un qui sera toxico au fond d’une cave… Ils auront tous changés depuis, ils auront trois enfants et ne pourront pas partir en tournée. Mais ça c’est un fantasme que j’ai.

 

Une autre question : si par exemple on te proposait de réaliser la BO d’un film , d’une série,  sur quoi ton choix se porterait-il?

 

Boris : J’aime beaucoup l’idée d’un road movie.

 

Un peu comme INTO THE WILD ?

 

Boris : Je ne connais pas. On m’en a parlé, mais je ne l’ai pas encore vu. Une fois que je l’aurais vu, je pourrai te dire. Par contre il y a un film qui s’appelle DAMAGE et il y a une BO de Neil Young improvisée en live. Il regardait le film et puis il jouait de la guitare en direct. Il trouvait des rythmes, des mélodies, et ça, c’est un travail qui m’intéresse beaucoup.

 

Pour rester un peu dans l’ambiance, ça fait déjà  15 jours que tu es sur les routes de France, il te reste encore 15 jours. Tu promouvois un peu ton album, est-ce qu’il y a des petites anecdotes de concert avec d’autres groupes qui seraient intéressantes ?

 

Boris : Ah ! Il s’en est passé des trucs marrants !

 

Tu peux en raconter plusieurs si tu veux.

 

Boris : Ah ouais ! En fait, on était  à Marseille il y a quelques jours et j’ai tourné avec Sammy Descoter, qui est chanteur et qui chante en français, il est excellent ! Mais il a eu plein de problèmes avec son van tout au long du truc, et à Marseille, au Vieux port, il nous a lâché. C’était fini, et y’avait un mec qui s’est proposé pour nous aider, il nous a emmener au concert, et le gars qui faisait notre première partie nous a prêté son break pourri, on va dire pourri, une espèce de break improbable, et il bosse dans le bâtiment, alors il y a plein de laine de verre dedans. Il nous l’a prêté parce qu’on allait à Nice et qu’on avait un concert donc on avait besoin d’aller là bas. Je trouve les gens incroyables parfois !

 

Ah ouais quand même ! Tes prochaines actualités pour 2012 ?

 

Boris : Enregistrer mon 8ème album. En espérant pouvoir refaire la même chose, c’est à dire collaborer avec plein de gens que j’aurais rencontré au fur et à mesure de mes voyages. J’ai toujours beaucoup de chansons préparées à l’avance et là c’est frustrant, les gens viennent me voir et je joue pas du tout mon dernier album sur scène. Parce que ça fait 2 ans que je joue et là je joue et les gens sont heureux mais savent pas sur quel album est la chanson, normal elle est nouvelle. Mais promis, ça va avancer ! Et puis j’ai pas mal d’idées en tête !

 

Le mot de la fin ?

 

Boris : Merci !

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