Pourquoi avoir choisi « Ultrazeen »? Une manière de contraster avec votre musique qui n’est vraiment pas du tout « ultra zen »?

 

Stan : C’est carrément ça ! Si tu nous observes dans notre vie de tous les jours, on est plutôt des gens, calmes, réservés. Mais dès qu’on est en en train de jouer c’est une autre affaire… D’ailleurs, il y a aussi un jeu sur de consonances avec ce nom : « Zeen », prononcé à l’anglaise, rime avec caféine, nicotine et toutes autres substances excitantes en « ine »…

 

 

Les « Ultrazeen », c’est qui? C’est quoi? C’est depuis quand? C’est comment? C’est grâce à quoi/qui?

 

Stan : Nous sommes quatre : William au chant, Stéphane à la basse, Christophe à la batterie et moi-même Stan, à la guitare. Tout a démarré en 2002, dans un concert Rock’n’roll à Paris. J’étais venu voir le nouveau groupe de Christophe qui s’appelait Audiofeet et dont William était le chanteur.  A peine arrivé sur place, Christophe est venu m’annoncer que leur guitariste quittait le groupe très prochainement et qu’il avait pensé à moi pour le remplacer. J’ai regardé le concert, je me suis pris une claque en découvrant quel putain de performer peut être William, et je leur ai dit oui. Ultrazeen est né dans la foulée. Ça a été une rencontre autant musicale qu’humaine : on s’est vite découvert une sensibilité commune pour des tas de choses en dehors de la musique, de la culture Sci-Fi à la série B, en passant par les virées nocturnes, trucs qu’on retrouve abondamment dans nos chansons. Nous avons fait un premier EP avec les moyens du bord en 2003, Morning Try-out, puis un album autoproduit en 2006, Lines, sans jamais cesser de tourner à côté. Stéphane est arrivé dans le groupe à ce moment clé : Lines c’était un peu la somme de choses qu’on aimait, l’ensemble des directions qu’on aurait pu prendre ensuite : ça allait du pop Two Stangers au punk Looking out for Emma Peel. L’arrivée de Stéphane à la basse a été déterminante : William et moi écrivons les chansons du groupe, mais c’est Stéphane qui a vraiment donné au groupe son point d’équilibre. Il nous a permis de trancher entre toutes nos envies musicales et de nous orienter vers ce quoi nous sommes finalement les meilleurs : un Rock’n Roll plein de rage, vintage dans le son, actuel dans notre manière « écorchée vive » d’exprimer l’ère du temps. Je dis « Rock’n Roll » non pas en référence aux origines du genre –  jouer les gardiens du temple, ce n’est pas notre truc ! – mais plutôt par goût pour les racines black de cette musique, son énergie primitive à la fois mystique et agressivement sexuelle, une manière d’exprimer la dureté du quotidien en le transcendant par le festif, le glamour… Bref un truc qui arrache mais qui n’oublie jamais d’être fun et dansant. C’est clairement ce que la nouvelle vague rock de ces dernières années comme les White Stripes, Jon Spencer Blues Explosion, les Kills ou  les Hives ont su retrouver et reformuler. Ultrazeen s’inscrit pleinement dans cette tendance.

 

Comment se sont passés les enregistrements en studio de votre Maxi EP « VS »?

 

Stan : Vs c’est clairement pour nous un coup pied jubilatoire dans la fourmilière, une manière d’exprimer un ras le bol général vis-à-vis de toute sorte de choses. Ce sont des titres qui ont muris sur scène, soirs après soirs, et qui traduisent à la fois notre propre radicalisation, mais aussi sans doute celle de notre public. Ce n’était pas encore officiellement la crise quand le disque est sorti en juillet dernier, et nous n’abordons pas de thèmes explicitement politiques, mais je crois que c’est néanmoins une sorte de polaroid assez juste de ce que nous vivons tous aujourd’hui. Nous parlons de choses simples, d’histoires de la rue, de ruptures amoureuses, de sexe, d’aliénation quotidienne, de la mécanisation de nos vies via la consommation… Le tout asséné avec la rage de celui qui en marre de se faire avoir et qui réclame lui aussi son droit à la jouissance. Supermarket of love, c’est vraiment cela. C’est une manière de se demander comment faire péter joyeusement le système en le poussant à son extrême, de swinguer sur un tas de ruines fumantes… Get it right parle grosso modo de la même chose, en se situant cette fois au niveau du couple. C’est un morceau groovy, presque disco mais néanmoins basé sur un riff assez dur à la AC/DC. William y endosse tous les rôles – mec, meuf, trans – juste pour finir par balancer de libérateurs « Get it right ! » en forme de cris, manière de dire « Baby, désormais, c’est comme je te dis ! ». Tout Vs fonctionne sur cette idée d’urgence à exprimer les choses. On l’a d’ailleurs enregistré live en studio, sans le moindre re-recording, en quatre jours seulement, pour capter cette énergie brute.

 

 

Comment se passe sa sortie?

 

Stan : Visiblement ça marche auprès des gens. On a eu de très bons retours, que ce soit sur Myspace, aux concerts, ou dans la presse : Rock & Folk notamment l’a très chaudement accueilli.

 

 

Vous avez justement souvent été dans les colonnes du magazine « Rock &Folk » (rédacteur en chef, Philippe Manœuvre.) Quel effet cela vous fait-il?

 

Stan : Ça nous fait extrêmement plaisir évidemment ! C’est une revue que je lisais quand j’étais gamin, et c’est donc gratifiant d’être soutenu par eux des années après. Et en même temps, c’est assez amusant : on a rien à voir avec les groupes de la scène parisienne qu’ils ont mis en avant ces dernières années, Nast, BB Brune et consort… On est infiniment plus radical et rock’n roll que ça !

 

 

Que ressentez-vous lorsque vous êtes sur scène? 

 

Stan : L’occasion d’être enfin vraiment soi-même. Dans la vie de tous les jours, on est tous obligé de faire des compromis. A l’inverse sur scène, on ne te demande qu’une chose : d’exprimer ce que tu as en toi. Rien d’autre. Du coup, c’est à la fois super exigeant et jubilatoire. Il faut tout donner. Mick Jagger a raison de dire qu’il fait finalement le même métier qu’une strip-teaseuse… Si t’arrives avec cet état d’esprit sur scène, alors il peut se passer des trucs incroyables avec le public. L’autre jour par exemple, nous étions en banlieue devant un public assez nombreux et vraiment jeune : ça devait être une majorité de lycéens. Sur le dernier titre de notre set, Casanova, un long rock’n roll speed et hypnotique qui conclue aussi Vs, certains ont commencé à monter sur scène. Très vite ça été un bordel monstre. On s’est retrouvé à une cinquantaine sur cette scène qui n’était pourtant pas bien grande. Filles et garçons, ils étaient tous plus déchainés les uns que les autres, certains faisant du playback autour de William, d’autres du Air Guitar autour de Stephane et moi. Plus personne ne faisait gaffe à rien : les pieds de micros se sont cassés la gueule, les pédales d’effet ont valsés sans ménagement, avec toutes sortes de changements de son intempestifs. C’était tellement noir de monde qu’on ne se distinguait à peine les uns et les autres. Et nous, hilares, on en rajoutait pour les chauffer à blanc. Un moment donné, une gamine s’est jetée sur moi, avec l’intention d’arracher mon T-shirt avec les dents… Le plus drôle, c’est qu’au bout de cinq minutes de furie, elle a réussi, et a fièrement brandi son trophée en lambeaux.  Véridique ! C’est fou comme ça excite les gens trois accords, un petit déhanché et un peu de gros son…

 

Quel a été votre premier concert en tant qu' »Ultrazeen »?

 

Stan : Ça peut paraître bizarre, mais on a commencé par un gros concert : la première partie d’Eiffel à l’EMB à Sannois en décembre 2002. On avait à peine deux mois de répétitions, on était loin d’être au point, mais ça a plu.


Comment étiez-vous avant de monter sur scène à ce moment là?

 

Stan : Heureux tout simplement, parce que ça commençait fort !

 

 

Si vous deviez rêver un petit peu, avez quel groupe aimeriez-vous partager la scène?

 

Stan : Je dirais les Stones. J’adore ces vieilles images où on les voit tout gamins jouer avec Howlin’ Wolf. On les sent presqu’intimidés. D’ailleurs Jack White a exactement la même attitude vis-à-vis d’eux dans le live filmé par Scorsese l’année dernière. Aujourd’hui ce sont un peu eux, les bluesmen mythiques. La musique c’est d’abord une histoire de transmission.

 

 

Comment sont les Ultrazeen en coulisses, avant et après le concert?

 

Stan : Avant, plutôt calmes, concentrés, réservés comme je te le disais tout à l’heure. A vrai dire, j’adore voir la réaction des gens qui ne s’attendent pas du tout à notre métamorphose sur scène. Il y a un côté Docteur Jekyll et Mister Hyde là dedans qui me fais particulier tripper. Après le show, impossible de redescendre sur Terre : nous sommes plutôt du genre à poursuivre la teuf jusqu’au petit matin…

 

 

Généralement de quoi vous inspirez-vous pour vos chansons?

 

Stan : Vaste question ! Il faut remonter à l’enfance y répondre. On était môme dans la décennie la plus merdique qui soit question musique : les années 80. A cette époque, le business reprenait ses droits, le formatage à tout va s’est mis à inonder les radios de tubes boîte de conserves. La bonne musique était reléguée à la marge : en France, il fallait vraiment ramer pour trouver du Cramps ou Joy Division à la radio. C’étaient les années Thatcher/Reagan/Golden Boys et compagnie… On était tout petits, mais je crois qu’on a tous eu à peu près la même intuition là-dessus. Chacun à notre manière, on a eu nos premiers émois musicaux en cherchant à échapper à notre environnement immédiat. William est anglais, il a vécu les premières années de sa vie à Londres : gamin dans la France des années 80, il s’est donc mis très logiquement a idolâtrer le dernier mouvement phare de la musique anglaise, la vague punk de 77 : les Clash, les Sex Pistols, les Damned, les Jam, les Buzzcocks, les Barracudas, les Undertones etc. Adhérer à tout cela participait pour lui d’un réflexe identitaire très fort. C’est d’ailleurs pour cela qu’il ne peut chanter autrement qu’en anglais aujourd’hui, même s’il est totalement bilingue par ailleurs. Stéphane lui aussi s’est intéressé très tôt au mouvement punk, mais plutôt par fascination pour son coté underground, marginal, alternatif et contestataire. Il pouvait par exemple délirer sur les Beruriers Noirs, en faire ses héros tout en sachant très bien que ce n’étaient pas vraiment des génies de la musique, ni même du genre punk d’ailleurs… Ado, ça l’a naturellement mené vers la scène punk française dont il est un pur produit. Moi j’ai cherché mes icones dans une époque qui semblait d’autant plus fascinante que je ne l’ai pas connue : les sixties et seventies des Stones, des Who, des Yarbirds, des Pretty Things, d’Hendrix, de Led Zeppelin, du Floyd, de Bowie, du MC5, des Stooges, du Velvet Underground etc… Ce qui m’a d’ailleurs aussi mené vers le blues, vers John Lee Hooker, Sam Lightin’ Hopkins, Robert Johnson… C’est avec ces mecs que j’ai appris la guitare, le Rock ‘n Roll comme genre et comme mythologie. Je trippais d’autant plus là-dessus à l’âge de 10 ans que j’avais l’impression d’être seul au monde à connaitre tous ces trucs. Ultrazeen, c’est vraiment le fruit de tous ces cheminements, de tous ces croisements. On aime des trucs très divers, mais finalement pour les mêmes raisons, pour une même conception du Rock’n Roll. Il y a trente ans, un mec comme Mick Jones aurait sans doute cassé la gueule de Jimmy Page s’il en avait eu l’occasion, tant les punks se révoltaient contre ce qu’ils appelaient alors les « dinosaures ». Aujourd’hui, rien de plus naturel et logique pour nous que de faire fusionner les Clash et Led Zep dans un titre comme Supermarket of Love sur notre dernier disque. Rien de contradictoire, de postmoderne ou de nostalgique là-dedans. C’est juste notre manière de ressentir et d’exprimer les choses. C’est ici et maintenant.

 

Quel album pourriez-vous encore écouter dans 30 ans?

 

Stan : Il y en a un paquet ! Je ne vais pas te citer un vieux disque, ceux là ont déjà fait leur preuve. Mais parmi les trucs d’actualité, pourquoi pas The Shape Of Surf To Come d’Hawaï Samurai. C’est un groupe de surf music marseillais, particulièrement underground, avec d’étonnantes influences zepelliennes ici ou là. On ne doit pas être nombreux à les connaître aujourd’hui. Dans trente ans, je pourrais me vanter : « Vous avez loupé ça ! »… [rires]

 

 

Pour finir, je vous laisse la parole…!!! 

 

Stan : Juste un dernier mot pour annoncer notre prochaine date au Gibus à Paris, le vendredi 26 juin prochain, dans le cadre du festival Rock the Gibus qui est organisé en l’occasion des 40 ans de cette salle mythique. Il y aura du beau monde ce soir là, autant sur scène que dans la salle d’ailleurs. Pour ceux que ça intéresse, vous pouvez vous procurez les rares préventes qui nous restent en nous contactant sur www.myspace.com/ultrazeen ou sur notre mail contact@ultrazeen.com . D’ici là, Keep on rockin’ !

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