Morgan Manifacier, jusque là rien de plus banal, mais détrompez-vous cette personne est tout sauf banale après écoute.
Ce cher monsieur venu d’ailleurs pose ses cartes sur table en nous délivrant dès le début un titre quelque peu révélateur, vous comprendrez pourquoi dans quelques lignes…

D’entrée, une voix vraiment spéciale qui est très agréable à écouter, mais surtout son petit accent anglais (ou plutôt devrais-je dire californien !) se fait ressentir dans sa prononciation en français présente dans ce premier morceau (et ce n’est pas pour nous déplaire !). Celui-ci a un charme particulier qui fait que l’on arrive à suivre le fil de l’histoire sans trop de soucis. Et finalement, on se rend compte que la chanson va dans le sens de la simplicité pure et vraie, d’un texte réfléchi accompagné d’un pointe de modestie qui nous met en confiance et nous pousse à aller plus loin en compagne de notre artiste, d’où peut-être le titre « Accompagne-moi » ?

Et voilà que continue notre voyage dans le monde de Morgan Manifacier au pays de « Red Moon »… Nous sommes plongés au milieu d’une guitare au son piqué qui contraste avec le Tom Bass qui semble être un très lent battement de cœur presque éteint, peut-être parce que sur « Red Moond » la vie n’existe pas ? Heureusement que ce vif jeu de guitare est là pour nous permettre de respirer et nous empêche de nous endormir pour toujours afin que nous puissions savourer pleinement cette voix qui fait du bien à nos oreilles et qui, dans cette chanson est douce et véritablement intimiste. Mais contrairement à ce que l’on pourrait croire, malgré ce cadre très intime, Mister Manifacier reste mystérieux et ne se laisse pas cerner. Un choix après tout, qui nous fait continuer l’aventure, puisque surement que l’on imagine qu’il se dévoile complètement, non ?

Alors sans plus tarder, passons à une chanson qui semblerait être joyeuse…ou pas.

Oui, puisque nous avons là, un « Happy Hippo » qui est loin de se douter qu’il n’est pas très « happy », mais laissons lui la surprise. Quant à vous, permettez-moi de vous donnez quelques explications…

Pour commencer, l’accompagnement musical nous ferait presque penser à celui d’une chanson heureuse où tout le monde est content, et c’est là que Morgan nous offre une belle leçon de vie, en nous prouvant que l’on peut-être triste et sans pour autant se plomber le moral avec de la musique niaisement dramatique. Ce qui est très bien réussi par Mr. « Happy Hippo » qui avec sa mélodie nous tient hors de l’eau tandis que son texte nous plonge à trente mètres de profondeur. Ce qui crée un équilibre assez particulier mais toujours fait avec beaucoup de grâce.

Et pas le temps de réécouter « Happy Hippo » qu’ « If you have a violon » vient se glisser entre mes lignes.

Pour cette quatrième chanson, ce sera cinq minutes trente-six secondes, autant dire tout de suite, un tsunami d’émotions que nous offre M.Manifacier, et qui a bien le temps de nous emporter loin, très loin, à des milliers de kilomètres, au fin fond des sentiments qu’il nous donne à travers « If you have a violon ». Cette petite mélancolie qui n’est pas transmise par un violon mais bel et bien un piano qui montent, puis tombent continuellement dans un rythme différent de celui choisi par la voix, comme si celle-ci refusait un quelque regret dont Morgan nous parle dans cette chanson. Sa jolie voix est là, mais étrangement, nous n’en avons pas l’impression. Nous avons le sentiment qu’elle n’existe pas réellement, qu’elle se trouve dans notre tête et que c’est un tour joué par notre imagination. De cette manière, nous sommes vraiment pris dans une bulle d’eau pas tout à fait trouble, qui nous entoure et nous protège pendant cinq minutes trente six secondes.
C’est tout un art d’arriver à déconnecter une personne du monde qui l’entoure le temps d’un morceau. Et pourtant Morgan sait comment arriver à nous faire partir et ne plus penser à rien d’autre qu’à cette voix calme qui ne se fond pas dans le rythme de la mélodie, ce qui explique pourquoi on arrive à associer cette chanson à tout un tas de moments de notre passé, même si elle peut-être très personnelle pour notre artiste…

Tout à coup, une guitare sobre et envoûtante qui accompagne majestueusement la voix de notre cher monsieur qui nous délivre un texte aux sonorités longues et mystérieuses… Nous sommes tellement conquis que nous pourrions le suivre n’importe où. Il arrive même à nous embarquer dans sa petite histoire qu’il nous raconte à l’ombre d’un arbre. Comme si cette aventure était précieuse et ne devait être entendue que par nous, comme un murmure fait au creux de l’oreille. Cherche-t-il à nous faire comprendre quelque chose ? Si c’était le cas, nous n’y ferions, à coups sur, même pas attention. Beaucoup trop attentif à la mélodie et à la voix que peut-être passons-nous à côté d’une partie de la vie de ce monsieur qu’il nous conte en chanson ? Mais tout son talent réside essentiellement dans cette affaire qui fait qu’il arrive à nous transporter sans problème et à nous faire oublier tous nos soucis.
Si nous parlions de voyage avec ce morceau alors nous taperions dans le mil, puisque son titre est « Traveling », une coïncidence ?

Que ce soit une coïncidence ou pas, nous passons à un morceau avec très peu de paroles, mais placées au bon endroit. Ajoutez à cela une mélodie mignonne comme tout, très « punchy » qui vous garde dans son rythme (qui ne fait que changer au cours de la chanson.) et vous obtiendrez « I lost my dog ». Une touche d’humour et de fantaisie apportée à cet EP.

« One, two, three, four…Accompagne-moi à l’entrée… » Non, le CD n’a pas recommencé, Morgan a simplement décidé de nous proposer son titre « Accompagne-moi » en une version acoustique assez spéciale dans son genre.

Oui, puisque cette chanson est censée clore l’EP mais aussi traduire l’état d’esprit au moment de l’écriture de cet EP de Morgan Manifacier.  Et nous le savons (voir interview sur son Myspace) en ces temps-là, Morgan était extrêmement frustré par son retour en France d’où son puissant sentiment d’inachevé qui fait que l’on perçoit quelques fausses notes intentionnelles mais il est réellement ressenti par al fin feutrée de cette chanson. Mais peut-on vraiment appeler cela une fine ? Alors qu’elle se coupe pratiquement d’un seul coup comme si l’enregistrement avait brusquement était coupé sans raison ?

Mais même si cela ne peut véritablement être qualifié de fin, Morgan a encore réussi un coup de maître en nous faisant part de ses deux sentiments, à tel point qu’il nous laisse frustrés par ce final inachevé…

En conclusion, une seule chose à dire, Morgan Manifacier est un être à part. Il nous propose de longs voyages que pour rien au monde nous devrions rater.
Alors retenez seulement que l’accompagnez simplement suffirait à, je pense, accéder à un instant de bonheur particulier le temps d’une chanson.

Sabrine Khinibilla
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